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La solution des frères face à l’exploitation

 

David Flood

En l’année 1210, les gens riches et les ambitieux marchants d'Assise conclurent une alliance. Ils vont voir ensemble à l'enrichissement et à l'honneur de leur cité. Il est hors de question d’entamer des discussions, que ce soient avec d’autres villes, guildes ou corporarions, qui entraîneraient une diminution du rayonnement de la ville; les intérêts d'Assise sont prioritaires.

Quand on fait référence aux grandes familles d’Assise on utilise le terme de Maiores. Les Minores, qui fait référene à la classe émergente dans la communauté marchande de la ville, ont promis de nouvelles sources de revenus à la ville. Ils forment un pivot incontournable dans le développement d’Assise. Les Minores étaient si importants pour les villes du centre de l’Italie que la ville de Bologne avait entrepris de se départir de la classe des serfs et des vassaux. La cité payait pour leur libération. Les villes voulaient des gens libérés dans l'intérêt du commerce.

Responsable les uns des autres

Quand nous utilisons le terme de Minores pour décrire la composition de la cité en Italie centrale et du nord au XIIIe siècle, nous parlons de ces gens de la cité qui sont devenus libres, libre de tous liens féodaux. Au moment où les Franciscains, dès les tout débuts, commencèrent à travailler, ils refusaient toute forme de travail en liens avec les droits féodaux ancestraux. Ils mettaient l'accent sur leur condition de Minores; ils étaient libres. Ils pouvaient ne rien posséder, mais ils tenaient à expliquer aux gens qu'ils étaient Minores, d’où l’origine du terme fratres minores

Se faire proche

Les premiers frères travaillaient, comme la règle le dit, pour le bien commun. Ce n’était pas dans la perspective d'acquérir des biens matériels; ils travaillaient dans l'intérêt des petits salariés. Les frère ne possédaient rien. Du travail accomplit, ils ne retenaient pour eux que ce dont ils avaient besoin. Inévitablement, lorsqu’ils gagnaient des sommes excédentaires dans leur activités, les frères les partgeaient avec les gens avec qui ils travaillaient. Quand, ces mêmes frères, se retrouvaient dans le besoin, ils quêtaient. Certains étaient si occupés dans les maisons des pauvres et au service des gens dans le besoin qu'ils devaient recourir à la quête pour leurs propres besoins. Ils ont si bien travaillés pour l’intérêt commun qu’ils sont devenus, de facto, responsables de ceux qui étaient dans le besoin. À force de voir ainsi aux besoins les uns des autres, ces mêmes frères franiscains développèrent rapidement un réseau de support solide.

Les frères ont bien travaillé. Ils ont réussi, en travaillant avec la classe laborieurse, à fissurer une société basée sur l’appropriation de la richesse par une partie de ses membres sur le dos d’une autre partie. Ils désiraient la paix pour le peuple, en travaillant pour leurs besoins. Travailler et prier, deux verbes qui résument bien leur mode de vie au début de leur existence.

De cette manière, ces hommes apportaient, dans leur travail, beaucoup plus que des bras forts ou des mains expertes. Ils injectaient une bonne dose de respect et d'attention dans l’engrenage. C'était-là la dimension humaine de leur travail. Ils mettaient, également, dans le service à l'église le dimanche, une ferveur contagieuse qui aidait à élever la prière des hommes et des femmes avec lesquels ils étaient associés par le travail. À partir du moment où cette ferveur franciscaine s’est faite communicative, François, en partageant leur expériences, leur croyances et leur pratiques, a su gagner leur attention.

Rendre à Dieu toutes bonnes choses

C'est ainsi que le mouvement Franciscain a décollé. Un “mouvement”, c’est bien le terme qu’utiliserait la sociologie contemporaine. Dans sa 5e ou 6e année (1209-1215), alors que le mouvement est bien lancé, les frères ont posé un geste sage et audacieux. Convaincus qu'ils étaient dans la bonne voie, ils prirent le temps de revisiter leur engagement du début et d'en améliorer l’élaboration par la formulation des fondements théorique. Lors de leur rassemblement du mois de mai 1215, ils écrivirent ce que nous connaissons comme le chapitre XVII de la règle primitive. Ce chapitre fut retravaillé dans les années qui suivirent, mais le noyau central du texte de 1215 est demeuré inchangé. Ils confessaient être conduits par l'Esprit du Seigneur (Règle primitive, chapitre XVII, 14-16); ils travaillaient et s'assuraient de rendre à Dieu toutes bonnes choses (XVII, 17-19). La phrase Deo bona reddere, rendez à Dieu toutes bonnes choses, correspond à ce que nous appelons aujourd'hui la justice distributive. Le mouvement avait une signification plus large que cela, mais il a débuté en s'assurant que le peuple ait les moyens de subsistances nécessaires qui leurs assurent de vivre plus humainement.

Un dépouillement dans la rencontre

Ces hommes ont mis de l’avant, avec succès, leur mouvement de compassion, de solidarité et de miséricorde. Ils étaient libres et ont su prendre bien soin les uns des autres. Ils ne se sont pas enchaînés, ni aux biens spirituels qu’ils ont goûtés, ni aux bien matériels. Bien au contraire, cette communauté de frères s’est vouée au service des autres. Une dynamique qui les rendaient pleinement heureux. C’est ce que l’on découvre en parcourant les premiers écrits franciscains.

En 1268, lors d’une rencontre de la communauté, un frère essaie de répondre à des questions misent de l’avant par d’autres frères. Une de ces questions fait référence à un passé lointain, un temps où tous les frères partageaient les mêmes conditions. Le frère questionné marmonne un semblant de réponse mais ses mots font éclater de rire un frère, alors qu’un autre se met à pleurer. Ce sont, dorénavant, des hommes de bonne éducation qui dirigent l’ordre. Mais des hommes qui ne connaissent pas grand chose au travail manuel. La compassion, la solidarité, la miséricorde commencent quand une main va à la rencontre d’une autre main, prête à travailler.

 

vol 121, no 3 • Octobre 2016

 

Franciscains

 

 

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