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Capitalisme : si on s'y mettait…

 

Michel Rioux

Les dégâts du capitalisme ne sont plus à démontrer

Tous les jours les misères, les catastrophes, les injustices qui sont le lot de ce capitalisme financier à l’œuvre nous sont révélées, plus dramatiques les unes que les autres pour le monde ordinaire. Ce monde ordinaire qui, dans tous les pays du monde, est écarté des privilèges réservés à une caste qui, pour être peu nombreuse, n’en est pas moins extrêmement puissante.

Tous les jours, on nous livre des statistiques qui viennent soutenir cette triste réalité. Dans un rapport intitulé Une économie au service du 1%, OXFAM montre que le patrimoine de la moitié la plus pauvre de la population mondiale s’est réduit de mille milliards de dollars depuis 2010 alors que le patrimoine des 62 premières fortunes mondiales a augmenté de plus de 500 milliards de dollars. Les inégalités frappent les femmes de manière disproportionnée, avec seulement neuf femmes contre 53 hommes parmi ces grandes fortunes.

Des inégalités insoutenables

Ce fonctionnement sauvage, débridé, qui ne profite finalement qu’à une infime minorité, ne peut produire autre chose que de profondes inégalités : entre les personnes, entre les classes, entre les pays, entre les continents. Ces inégalités, induites par un système qui combat de toutes ses forces toute tentative de se voir règlementé, ont fini par atteindre un tel niveau qu’elles ne sont plus seulement dénoncées par les personnes et les groupes préoccupés de justice sociale. Elles le sont aussi par ceux que l’on pourrait appeler des thuriféraires de ce système, qui ont finalement pris conscience qu’à ce rythme, l’échafaudage risquait de s’écrouler si des mesures correctrices n’étaient pas apportées.

La présidente de la Réserve fédérale américaine (FED), Janet Yellen, s’en est inquiétée. « L'ampleur des inégalités aux Etats-Unis et le fait qu'elles continuent à se creuser m'inquiètent beaucoup », a-t-elle avoué. Même la banque TD y est allée de son avertissement :

« Si le Canada veut maintenir son modèle actuel, les autorités devront vraisemblablement se pencher sur cette montée des inégalités. » Depuis quelques années, tant le Fonds monétaire international (FMI) que la Banque Mondiale (BM), conscients des dangers courus par le système capitaliste, sont intervenus à plusieurs reprises pour exhorter les gouvernements à prendre des mesures énergiques pour contrer la montée des inégalité.

 

[…] au Québec […] pas moins de 150 000 emplois, 7000 entreprises, coopératives et OBNL génèrent un chiffre d’affaires annuel de 35 milliards$,
ce qui représente dix pour cent du PIB
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Faire autrement

Or il y a des pistes qui nous permettent de croire qu’il est possible d’agir autrement. Homme d’intuition, le père Benoît Lacroix s’en était ouvert lors d’un entretien accordé au Devoir il y a quelques années. « Le capitalisme devrait disparaître le plus vite possible. Il n’a pas joué son rôle ». Et plus loin, dans l’entretien, d’ajouter : « Sortir d’un capitalisme devenu « vicieux », ça tient la route... ».

C’est un secret fort bien gardé, mais cette transformation de l’économie est déjà en marche au Québec, l’une des sociétés où l’économie sociale et solidaire (ÉSS) occupe le plus de place. Pas moins de 150 000 emplois, 7000 entreprises, coopératives et OBNL génèrent un chiffre d’affaires annuel de 35 milliards $, ce qui représente dix pour cent du PIB. C’est ainsi que l’ÉSS peut à juste titre se targuer d’être une voie de remplacement au capitalisme. Candidat à la présidentielle française de 2017, Benoît Hamon a mis dans son programme le développement  de cette économie pour assurer l’avenir de ce pays. Ce dernier avait participé à Montréal à un colloque organisé il y a cinq ans par le Collectif pour le développement de la social-démocratie et avait été sensibilisé aux possibilités ouvertes par l’ÉSS. Il avait été frappé par les réalisations des fonds de travailleurs de la FTQ et de la CSN, du Chantier de l’économie sociale, de la Caisse solidaire Desjardins et de l’essor du mouvement coopératif au Québec.

Le propre de l’économe sociale et solidaire (ÉSS)

Ce qui distingue l’ÉSS, c’est qu’elle est la seule à reconnaître explicitement la dimension sociale de l'économie, ce qui la ramène à sa source étymologique, oikos, c’est-à-dire la maison. Parce qu’elles entretiennent des liens étroits avec les collectivités locales et les milieux où elles sont implantées, explique le sociologue Louis Favreau, les organisations d'économie sociale sont bien placées pour saisir et comprendre les réalités et les besoins, créer des emplois et réussir là où l'État et l'entreprise capitaliste échouent. De plus, la nature de leurs activités les autorise à poursuivre des objectifs qui procèdent d’une tout autre rationalité que celle de l’économie exclusivement marchande : utilité sociale, création d'emplois, développement local, revitalisation d’une collectivité, reconnaissance du travail des femmes, protection de l’environnement, rentabilité à long terme. Dans les entreprises où les fonds de travailleurs investissent, ces fonds favorisent l'information, la formation et, dans certains cas, la participation des travailleurs à l'organisation du travail et aux orientations de l'entreprise, contribuant ainsi à la démocratisation de l'économie.

Thierry Jeantet, président des Rencontres du Mont-Blanc, qui se veulent le pendant collectif de Davos, est un familier du Québec. Il a publié en 2008 un livre intitulé L’économie sociale : une alternative au capitalisme, dans lequel il soutient que le capitalisme n’a pas gagné la bataille et que l’économie sociale et solidaire constitue « une réponse moderne aux attentes citoyennes ».

Un autre monde est possible … et il est déjà en route.

vol 121, no 3 • Octobre 2016

 

Mains en coeur

Ce logo se retrouve sur plusieurs sites d'économie sociale, difficile de lui attribué un ©…

 

 

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