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De la Syrie au Québec,
une transplantation heureuse

 

par Samir Zakhour


Après un très long et fatiguant voyage, des formalités nombreuses et l’abondante paperasse à remplir à l’aéroport Elliot Trudeau, un douanier nous a tendu la main et nous a dit avec chaleur : Soyez les bienvenus! Vous êtes ici chez vous! C’était le 27 novembre 2006, un anniversaire à inscrire au calendrier des fêtes familiales des Zakhour! J’ai alors déclaré à mes trois jeunes enfants, Mario, Aldo et Angelo : Maintenant, notre pays est ici!
Au fil des années, se sont succédé émotions, épreuves, émerveillement… À ma première visite à l’Oratoire St-Joseph, je me suis surpris à dire, les larmes aux yeux, Dieu merci, tu nous as conduit à bon port! Plus tard, voulant vérifier le niveau d’adaptation de mes fils, je leur ai demandé s’ils préféraient retourner en Syrie. La réponse fut spontanée et unanime : Nous restons ici.

PRENDRE RACINE

Originaires de Syrie et d’appartenance maronite catholique de rite syriaque, issus de parents très impliqués dans leur paroisse, nous avons cherché dès l’arrivée une communauté catholique où nous serions à l’aise pour pratiquer notre foi chrétienne. Pendant six mois, nous fréquentions l’Oratoire St-Joseph, puis un jour, nous avons découvert l’église de notre quartier à la paroisse Sainte-Famille de Bordeaux-Cartierville et nous avons décidé de nous y intégrer. Jeanine, mon épouse, s’y est inscrite comme catéchète bénévole et notre fils Angelo a commencé son parcours catéchétique. Un an plus tard, lors d’un souper où nous avions invité le curé, celui-ci a proposé à Jeanine de prendre en charge le dossier des catéchèses à la paroisse et depuis, elle y travaille...
Au pays, nous étions impliqués dans plusieurs organismes comme membres actifs bénévoles pour venir en aide à des familles moins favorisées et nous nous étions engagés dans une ONG suisse appelée Terre des Hommes qui s’occupe des enfants physiquement handicapés. Nous organisions également la mobilisation des familles, des kermesses, des soirées dansantes au profit de diverses œuvres, des levées de fonds pour la catéchèse des enfants de la paroisse. Nous étions très impliqués dans les Équipes Notre Dame pour les couples chrétiens. C’était notre façon de vivre nos engagements de chrétiens.

L’ÉGLISE, UN LIEN D’ENRACINEMENT

Un an après notre arrivée au Québec j’ai dû effectuer un voyage d’affaire de dix jours en Syrie. Bien évidemment, j’ai rencontré mes compatriotes et l’inévitable question m’a été posée : Comment trouves-tu la vie là-bas?  Ma réponse a été immédiate : Il n’y a pas de comparaison possible entre les deux pays! Mais un chrétien croyant est aussi un citoyen engagé au Québec, dans la société qui nous a ouvert largement les bras pour nous accueillir. Ce que nous faisions ici au nom de notre foi est encore valable là-bas!
À Lattaquié d’où nous venons, l’église latine se trouvait sur notre chemin. Le couvent des Franciscains était notre refuge après l’école; on s’y arrêtait pour jouer en plein air ou dans les locaux ouverts aux jeunes. Nos enfants nous accompagnaient à l’église et y servaient la messe de sorte que cheminer avec l’Église latine du Québec ne nous a pas été trop étranger. Toutefois, nous avons dû vivre là aussi, la différence… Nous avons fait l’effort de comprendre le cheminement des Québécois et nous avons constaté que les valeurs que nous portions étaient aussi des valeurs universellement partagées.

GARDER L’ESPÉRANCE

Combien de fois, on nous a dit que l’Église nord américaine était en déclin. Ce que je vois me garde dans l’espérance. Des gens s’engagent comme moi dans la communauté : à la Saint-Vincent-de-Paul de Cartierville, à La Corbeille pour la distribution des paniers de Noël aux familles moins favorisées, au Centre d’Action Bénévole pour aider les citoyens en situation difficile à remplir leurs déclarations d’impôts ou à la popote roulante pour distribuer des repas chauds aux personnes âgées et à mobilité réduite. Le travail, quel qu’il soit, est facteur d’intégration, valorisant pour les personnes et répond au grand commandement de l’Amour des autres.

…CE SONT LES ENFANTS DE LA VIE

En Orient, nous sommes fiers des paroles du poète Khalil Gibran quand il parle des enfants : Vos enfants, écrit-il, ne sont pas les vôtres, mais ce sont les enfants de la vie, mais pour plusieurs, l’application en demeure obscure. Avant de quitter la Syrie, des gents me disaient : En Amérique, tu vas perdre tes enfants! Je pensais tout bas qu’en leur donnant une base solide, ils ne pouvaient partir à la dérive et j’ai fait confiance… Je vois aujourd’hui mon fils Mario, l’aîné de mes enfants, organiser et participer au rassemblement virtuel de Brasilia 2013 à Montréal, planifier, en partenariat avec les frères franciscains et Mission jeunesse du diocèse, un rassemblement qui rejoint 200 jeunes entre 18 et 30 ans ne pouvant voyager au Brésil pour des raisons financières ou autres. Nous en sommes fiers et faisons confiance à Dieu pour donner à chacun la nourriture de la route.

En tant que Syrien, j’ai évité de parler de ce qui se passe au pays depuis trois ans. Personne quitte sa Patrie sans raison… Pourtant le peuple syrien est un peuple pacifique, mais la pression du régime dictatorial sur le peuple a abouti à une destruction massive commencée il y a quelques décennies. À l’heure actuelle, on ne sait plus qui combat qui… et le régime se prétend innocent tout en combattant ses propres citoyens avec l’aide étrangère.

En venant ici, nous avons vécu une transplantation de l’arbre familial mais nous avons continué d’engraisser la terre et d’arroser les racines pour produire des fruits. Nous espérons continuer de fleurir au pays qui est désormais le nôtre, en apportant notre contribution à l’Église et à la société.

Voilà un aperçu de l’histoire sainte d’une famille venue d’ailleurs.


vol 120, no 1 • 15 février 2015

 

Pape FranÇois

Photo © BenCap

 

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