tunnel

Être témoins de sens et d'espérance

 

par Christian Rodembourg

 

Chaque jour, lorsque nous écoutons les nouvelles du monde, nous sommes propulsés au cœur de ses turbulences et nous sommes renvoyés par ricochet vers nos propres fragilités humaines.

C’est une avalanche de mauvaises nouvelles qui nous sont, hélas, trop souvent transmises : terrorisme religieux au Nigeria, rejet de l’autre au Centrafrique, viols de femmes en Inde, luttes d’influences en Ukraine, séquestration d’enfant au Canada, explosions après un mariage en Afghanistan, manifestations en Turquie, Commission Charbonneau au Québec, pertes d’emploi, aggravation de la pauvreté, suicides, etc.

UN AVENIR BOUCHÉ?

Accueillant toutes ces nouvelles, nous pourrions penser que l’avenir n’est plus porteur de promesses. D’ailleurs, depuis une bonne dizaine d’années, certaines personnes parlent de luttes de civilisations, d’effondrements des valeurs humaines, de désastres écologiques et économiques, de perte de sens de la vie, d’absence de quête spirituelle. Surgissent aussi, bien évidemment, comme à chaque génération, quelques prophètes de malheur annonçant la fin prochaine du monde!

Il est vrai que nous vivons, effectivement, au cœur d’un monde porteur de multiples transformations en tous domaines de la vie; on l’observe au niveau des communications humaines avec la séduction et l’explosion des moyens médiatiques que sont internet, Skype, Facebook, au niveau des relations de couples et de familles qui connaissent de profondes mutations ou encore, au plan économique, politique et social, marqués par la performance démesurée, la convoitise, la cupidité, la vaine gloire, l’orgueil...

SORTIR DE NOTRE SOMMEIL

Je suis profondément convaincu qu’en tant que chrétiens nous devons plus que jamais nous interroger sur notre place, sur notre coresponsabilité et sur notre mission dans cette mosaïque mondiale afin d’être des témoins audacieux de sens et d’espérance.

L’heure est venue de sortir de votre sommeil (Rm 13,1). Ces paroles de saint Paul s’adressent à chacun de nous aujourd’hui : serons-nous porteurs d’un souffle nouveau, d’un esprit nouveau pour notre humanité environnante?

Père Eusèbe-Henri Ménard, ofm, fondateur des Missionnaires des Saints-Apôtres, répétait souvent lors de ses conférences et de ses prédications que ce qui manquait le plus à notre monde, c’était un nouveau François d’Assise pour nous réveiller et nous recentrer sur les défis humains à relever. Pourrions-nous en devenir un, humblement, à notre mesure, là où nous vivons?

Face aux souffrances de nos contemporains, confrontés aux questionnements et aux enjeux de toutes sortes, plus que jamais, nous sommes invités à reconnaître Dieu comme Celui qui vient nous arracher à ce qui nous fait mal, à ce qui nous empêche de grandir et de nous épanouir: Dieu vient chercher et sauver ce qui était perdu (Lc 19,10).

LA LUMIÈRE VIENT DU DEDANS

Sans tarder, en tant que disciples de Jésus envoyés en mission, ici et maintenant, il nous faut retourner aux sources de notre foi car si nous voulons vivre ce que le pape François écrit dans son encyclique « La lumière de la foi »: La lumière de Jésus brille, comme dans un miroir, sur le visage des chrétiens, et ainsi elle se répand…, nous avons un bon bout de chemin à parcourir, une urgente prise de conscience à faire sur notre manière d’être chrétien et de rayonner au quotidien notre foi. Le pape François précise qu’elle se transmet de personne à personne, de flamme à flamme. Sommes-nous contagieux d’amour, de tendresse et d’espérance pour notre monde?

En même temps, alors que nous semblons parfois vivre en ce monde comme enfermés dans un tunnel sans issue et sans lumière, nous pouvons percevoir de-ci, de-là quelques lueurs d’espérance, de dépoussiérage, de changement, de désir de vivre autrement, de découvrir de nouveaux horizons.

…JAMAIS ENTENDU PARLER DE JÉSUS

En 2012, lors d’une visite auprès de mes confrères péruviens, avec quelques jeunes, un dimanche matin, nous avons marché dans un quartier éloigné de Ricardo Palma pour inviter les gens à venir partager avec nous, notre célébration dominicale. On me disait que beaucoup de ces gens n’avaient encore jamais entendu parler de Jésus.

Avec le recul suite à cette expérience, je me dis que c’est de même, proche de nous, en Occident, alors que nous sommes dans une situation où les jeunes générations ne reçoivent plus – comme leurs ancêtres – la transmission de la foi. Serait-ce à dire, pour autant, que nos contemporains ne ressentent plus de soifs intérieures? Non, certainement pas.

EN ATTENTE DE DIEU

Que de gens s’en vont, par exemple, marcher quelques semaines sur le chemin de Compostelle en Espagne ou sur la route des sanctuaires au Québec en quête de quelque chose, de quelqu’un, de recherche de sens, de recherche d’espérance, de rencontre de l’Autre, de rencontre des autres, de rencontre de soi-même, de silence, d’écoute...
Que d’hommes et de femmes se retrouvent dans une réflexion sur l’importance de l’écologie et du respect de la nature et sur des gestes concrets pour un mieux-être de notre planète alors que notre société est absorbée par un rythme de consommation « j’achète, j’utilise et je jette ».

Que de contemporains s’envolent vers d’autres cieux, vers d’autres cultures, vers d’autres voies religieuses ou philosophiques en quête de beauté, d’intériorité, de découvertes de nouvelles expériences humaines et spirituelles.

Que d’hommes et de femmes, de toutes générations confondues sont prêts à donner de leur temps, de leur bien-être, de leurs talents pour une cause humanitaire.

Ne seraient-ce pas des signes d’une nouvelle quête spirituelle alors qu’aujourd’hui, dans notre monde, il y a parmi nous et près de nous, beaucoup de gens « en attente de Dieu » pour reprendre cette expression de monseigneur Dagens, archevêque d’Angoulême lors d’une conférence donnée à Bordeaux en juillet 2013 aux responsables internationaux des Équipes Notre-Dame?

LE FEU AU COEUR

Oui, nous avons à reconnaître chez nos contemporains le travail de Dieu agissant en eux. Nous devons lutter contre tout repliement sur nous-mêmes sans ignorer les défis qui se présentent à nous pour partager ce qui anime notre cœur et notre foi en Christ vivant aujourd’hui car c’est bien par notre propre témoignage que nous pourrons faire connaître, autour de nous, Dieu amour et tendresse.

Un des passages de l’Évangile qui me dynamise et me donne espérance est celui des disciples d’Emmaüs. Cléophas et l’autre disicple dont on ignore le prénom (serait-ce chacun de nous aujourd’hui?) m’aident à saisir qu’une page est tournée définitivement et que quelque chose de neuf émerge dans leur vie. Les disciples refont la route vers Jérusalem, de nuit, sans peur, avec hâte pour partager aux autres disciples la joie qui les anime.

Et nous, aujourd’hui, oserons-nous tourner la page de la vie afin d’écrire avec ardeur les prochaines pages que Dieu nous confie, ici et maintenant? Profitons de ce temps de l’été pour nous mettre à l’écoute des voies et des voix de Dieu qui nous inspireront dans nos actions quotidiennes. Devenons davantage des témoins de fraternité, de bonté, de sens et d’espérance pour nos frères et sœurs en humanité.

N’est-ce pas en vivant au cœur du monde, pleinement, que nous vivrons enracinés dans le cœur de Dieu?


vol 119, no 4 • 15 juillet 2014

 

Le bout du tunnel

Photo © Sylvain Campeau

Nouvelle revue franciscaine
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