Hymne

Un enfant pour qui?

par Louise Morin-Thibault

Au moment de la demande d’écrire sur « un enfant pour qui ? », j’avoue m’être peu arrêtée à cette question même si j’ai l’expérience d’être mère et grand-mère plusieurs fois. Cependant, aujourd’hui, ce thème me fascine et m’interpelle. Afin de bien cerner ma réflexion, j’ai relu mon expérience, questionné des amiEs et des nouveaux parents lors des rencontres de la pastorale baptismale.

Premièrement, aucune réponse n’a été précise à la question « un enfant pour qui ? » Les formulations étaient toutes en nuances, d’autant que présentement, avec les nouvelles technologies médicales, donner la vie à un enfant devient un choix. Des personnes disent : « pour nous », « pour notre couple », « pour donner un petit frère ou une petite sœur à notre enfant unique », etc. En blague, certaines, ajoutent « pour la société québécoise francophone » enchaînant du même souffle que « ce n’est plus pour augmenter la main-d’œuvre (sur la ferme). » Timidement, quelques femmes précisent que leur enfant n’est pas né suite au commandement « faire son devoir d’état » comme l’auraient dit leurs grands-parents.

Deuxièmement, pour plusieurs couples avoir un enfant s’impose tellement, qu’ils investissent de grosses sommes d’argent dans l’adoption ou la fécondation in vitro. Ils nous racontent leur aventure avec des visages éclairés et des yeux qui pétillent, même si leurs cheminements ont exigé plusieurs sacrifices. « Grâce à lui, disent-ils, de nombreux changements positifs se sont produits dans notre vie personnelle et notre vie de couple. »

« Un enfant pour qui ? » se transforme vite en « un enfant pour quoi ? » L’enfant est le fruit d’un amour avec un grand « A ». Il solidifie le couple. Avec lui, ils deviennent parents. Ils se découvrent des talents ignorés, une responsabilité de mener leur petit trésor à maturité physique, spirituelle, sociale, etc.

Finalement, d’autres parents disent : « Un enfant : c’est un nous. » « Ce sont deux « je » qui se fondent en un éventuel « autre je ». « Ce sont nos « deux moi » qui s’oublient pour faire place à la nouveauté, à l’étranger, à l’inconnu, que nous découvrons chaque jour, tout au long de notre vie et de la sienne. » « Avec un enfant, nous formons une famille. »

Durant la préparation au baptême des petits enfants, des parents nous émeuvent lorsqu’ils parlent de leur tout-petit. Ils ont mûri leurs paroles. Tout au long des discussions, ils poursuivent un travail de prise de conscience de la grandeur de leurs responsabilités face à cette nouvelle vie. Ils vivent ces moments avec cœur.

Un témoignage concluant. Je pense, entre autres, à une jeune mère de famille que j’ai connue aux ateliers d’éveil à la foi. Elle attendait son troisième enfant. Elle espérait donner une petite sœur à ses deux garçons, une petite fille à son époux. Mais, à la naissance de l’enfant, tout a basculé : un troisième garçon, atteint d’une trisomie sévère.

En regardant son petit trésor, elle me partageait, combien elle l’aimait. Certes, ses souhaits formulés lors de sa grossesse avaient été modifiés, mais déjà, le petit bébé l’entraînait dans un grand monde inconnu. Elle nous le présentait comme une bénédiction de Dieu : déjà, il lui offrait d’assumer de nouvelles responsabilités, l’obligeait à faire des choix inusités et à sélectionner les éléments essentiels pour vivre un quotidien de qualité avec sa famille. Cela demandait de « lâcher prise » face au superflu.

Nous réfléchissions encore sur la question : « un enfant pour qui ? » Nous ajoutions « pour notre société, pour le monde, pour Dieu. » Vraiment, chaque enfant fait partie du grand projet d’amour de Dieu (livre de la Genèse) pour l’humanité. Il est façonné à son image. D’ailleurs, Dieu nous a donné Jésus, son Fils unique, d’abord comme un enfant. Puis, Jésus, lui-même, a accueilli les enfants avec amour, en les bénissant. Plus, il nous invite à redécouvrir notre cœur d’enfant pour entrer dans le Royaume de son Père.

Nous saisissions aussi une allusion possible à l’enfant derrière les mots de l’évangéliste Matthieu quand il écrit : « au plus petit d’entre les miens ». Un enfant invite l’adulte qui le côtoie à vivre sa mission quotidienne d’une manière chrétienne : « donner à manger à celui qui a faim, à boire à celui qui a soif, à habiller celui qui est nu, à visiter le prisonnier, à soigner le malade, etc. »

Puis, ensemble, nous avons relu le poème de Khalil Gibran. Nous avons retenu ce qui suit : « Vos enfants ... viennent à travers vous... ils ne vous appartiennent pas... Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,... Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés. L'Archer ... aime la flèche qui vole, Il aime l'arc qui est stable. »


vol 119, no 3 • 15 mai 2014

 

Marche automnale

Photos © Bencap

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