couple

Géométrie variable des couples et des familles

par Gaston Sauvé

Nous sommes entrés, depuis plusieurs décennies, dans une transformation sociale de la famille et du couple que l’on peut décrire comme étant une réalité à géométrie variable.
Le couple, homme et femme, est affecté d’une définition nouvelle qui se trouve inscrite dans les lois et dans le système juridique des droits. Le couple est une formation de deux entités, de deux personnes qui choisissent de se lier pour vivre ensemble. Ce n’est plus la rencontre de l’homme et de la femme qui fonde le couple. Formées en couple, deux personnes, qu’elles soient de sexe différent ou de même sexe, se voient reconnaître les mêmes droits devant la loi. Droit de se marier, droit d’hériter, droit d’adopter des enfants, droit de bénéficier des couvertures d’assurance du conjoint, etc.

Nous découvrons progressivement les impacts de cette redéfinition du couple, au fur et à mesure que nous devenons conscients, que nous faisons face aux demandes inattendues qui émergent de ces couples nouvellement formés. Les lois et les chartes des droits humains s’interprètent à la lumière de cette nouvelle définition du couple.

Des rôles modifiés

Les rôles au sein des couples ont aussi changé. Alors que les plus âgés parmi nous ont connu une définition traditionnelle des rôles qui laissent à l’homme et à la femme des responsabilités bien spécifiques, les jeunes couples apportent une dynamique de partage des responsabilités; c’est rafraîchissant et vivifiant. A part de porter l’enfant dans son sein durant neuf mois, enfanter et allaiter, aucun rôle n’est exclusif à l’homme ou à la femme. Toute responsabilité de la vie commune est partagée en accord avec une nouvelle conception de l’accomplissement de soi au sein du couple, et de manière à tenir compte des exigences du travail extérieur dans lequel chaque conjoint demeure engagé.
Dans nos sociétés urbaines à haute densité, où la consommation et la carrière prédominent, nous voyons apparaître une forme de couple qui n’inclut pas nécessairement la vie commune permanente sous un même toit. On peut vivre à distance, se visiter les week-ends, faisant place à un espace important de vie solitaire.

Le couple formé en vue du mariage et de la famille n’est plus la seule réalité. On est en couple pour s’aimer, le temps que durera l’amour, et dans la forme que l’on voudra bien vivre l’amour. Le mariage est devenu ouvert. Cette réalité s’expérimente depuis longtemps. Le mariage ne va plus de soi. Le grand phénomène social dans nos sociétés est bien la désaffection devant l’engagement matrimonial. Au moins la moitié des couples et des familles sont reconstitués, et le mariage est le fait d’une minorité.

Il se trouve que les familles sont élargies, chacun des conjoints dans un couple reconstitué continue d’assumer une responsabilité face à ses enfants issus d’une première union qui a pris fin. Les enfants grandissent en faisant l’alternance entre deux maisons de résidence, en vivant partiellement entre deux couples de parents, chacun étant reconstitué de son côté. Ils connaissent des figures de grands parents qui viennent de se doubler en nombre.
Les enfants finissent par s’adapter et retrouver une stabilité essentielle dans les meilleurs cas.

Une épouse ou des épouses?

Même la réalité du mariage monogame est soumise au questionnement. La venue d’immigrants originaires d’Afrique du Nord, ou du continent indien, et qui évoluent dans des structures sociales de polygamie propres à des cultures et des traditions spirituelles autres que chrétiennes, apportent d’autres conceptions, plus, amènent leur famille élargie, femmes et enfants, et tentent de les légitimer, ouvertement ou secrètement, dans notre société monogame.

Quant à cette réalité du mariage monogame, on a vu au cours des dernières années, dans l’ouest canadien, des débats juridiques sur la légalité possible de la polygamie au sein de nos sociétés, au nom du respect des droits de l’individu.

L’individu et ses droits occupe toute l’attention et devient prioritaire. Se pose la question du respect de l’enfant dans ces nouvelles conceptions du couple et de la famille. Pour qui est l’enfant? Qui se soucie de l’enfant et des exigences de son développement humain, d’abord?

L’enfant est-il là pour satisfaire le besoin et le désir affectif du parent? L’enfant est-il encore le fruit d’un projet d’amour et de don de la vie, venant du couple formé et engagé à long terme pour donner la stabilité requise?

Le « genre »

Une vague de fond sous-tend toutes ces transformations. Ce que l’on a appelé le mouvement de «gendre» force à revoir nos conceptions fondamentales de l’homme et de la femme et les réalités du couple et de la famille. Le débat est vif et acrimonieux, loin d’être résolu.

Le mouvement du «gender» ou du «genre», en français, met de l’avant une conception purement sociale, fabriquée par l’éducation, de l’identité sexuelle de l’homme et de la femme. Le sexe qui définit l’homme et qui définit la femme, n’est plus la base de l’identité, n’est plus considéré comme une détermination biologique. Au contraire, l’éducation peut jouer un rôle immense et déterminant, dans la définition de l’identité sexuelle. La confusion dans les différences sexuelles qu’impose la nature s’installe.
C’est là un débat social, une conception qui s’étend, depuis après la deuxième guerre mondiale. Jusqu’où ira cette négation de la réalité de ce que nous sommes, des êtres sexués que nous sommes à la naissance?

Dans ce contexte de réalités changeantes, le souci de sauvegarder une humanité authentique devient premier. Qu’est-ce qu’un homme? Qu’est-ce qu’une femme? Qu’est-ce que le couple, la famille? Et l’enfant est-il le centre de notre amour?


vol 119, no 3 • 15 mai 2014

 

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Photo © Josée Richard

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