Rameaux

Une minorité qui conquiert ses droits,
un avantage pour tous

 

par Pierre Viau, ofmcap

 

Un regard sur le passé peut éclairer le présent et projeter un avenir que l’on veut meilleur pour les générations futures.

Les afro-américains

Au mois d’août dernier, les citoyens des États-Unis d’Amérique rappelaient les cinquante ans du célèbre discours de Martin Luther King I have a dream…  prononcé devant des dizaines de milliers de personnes massées devant le monument d’Abraham Lincoln à Washington. Le mouvement des droits civiques aux États-Unis avait hérité de nombreuses luttes antérieures à 1954, l’année du jugement de la Cour suprême dans l’affaire Brown vs Board of Education déclarant anticonstitutionnelle la Ségrégation raciale aux États-Unis"ségrégation raciale dans les écoles publiques. Les années suivantes ont été consacrées à étendre la déségrégation à tous les états du pays et à intensifier la lutte pour les droits civiques. Des universitaires parlent de la « Seconde Reconstruction » après la première qui a suivi la Guerre de Sécession.

Le mouvement des droits civiques, qui revendiquait d’abord des droits égaux pour les Afro-Américains, visait aussi, à plus grande échelle, l’égalité des droits pour toute personne vivant aux États-Unis. Ainsi, les Amérindiens se constituent en American Indian Movement et obtiennent du Congrès, en 1968, le vote de l’Indian Civil Rights Act. De nombreuses autres minorités revendiquent encore des droits égaux pour tous.

Il n’est pas exagéré d’affirmer qu’en luttant pour que des droits soient reconnus pour tous, les minorités exercent un pouvoir de changement bénéfique pour l’ensemble de la société. Ce ne sont pas uniquement les afro-américains qui ont amélioré leur sort aux États-Unis. Le combat des afro-américains a provoqué des progrès avantageux pour tous les citoyens et citoyennes des États-Unis.

Les minorités

Selon l’ONU, un milliard de personnes dans le monde appartiennent à des groupes minoritaires et plusieurs de ces groupes sont victimes de diverses formes de discrimination, d’exclusion et, souvent, de conflits violents. Un milliard de personnes, c’est vraiment beaucoup !

Tenir compte des aspirations des groupes minoritaires nationaux, ethniques, religieux et linguistiques, et garantir les droits des personnes appartenant à des minorités, c’est reconnaître l’égalité de tous les individus et favoriser leur participation à la société; cela contribue également à réduire les tensions sociales.

L’adoption, en 1992, de la Déclaration des droits des personnes appartenant à des minorités nationales ou ethniques, religieuses et linguistiques par l’Assemblée générale a donné un nouveau souffle à l’action de l’ONU dans ce domaine. La Déclaration proclame :

le droit des minorités à jouir de leur propre culture; de professer et de pratiquer leur religion; d’utiliser leur propre langue; de quitter tout pays, y compris le leur, et de retourner dans leur pays.

 

Les minorités au Québec, dans un coin de minoritaires en Amérique du Nord

La population du Québec possède au fond d’elle-même la capacité de comprendre le quotidien des groupes appelés minoritaires et ainsi, de favoriser leur plein épanouissement dans un ensemble ouvert et respectueux.

Dans le contexte géographique nord-américain, le Québec francophone est lui-même une minorité. Pour se protéger des envahisseurs anglo-saxons et protestants et de leur politique d’assimilation, le Québec s’est tout d’abord replié sur lui-même, histoire probablement de reprendre son souffle. Son ouverture aux autres sociétés a commencé par les nombreux missionnaires d’ici, religieuses et religieux, qui partaient vivre ailleurs et qui revenaient partager dans leur famille et dans les communautés paroissiales leur expérience de vie dans des pays lointains, inatteignables sinon par de longs voyages en bateau.

Mais au préalable, il a fallu la ténacité et l’imagination de nombreuses personnes pour affirmer et soutenir une identité propre au Québec. Par exemple, l’histoire syndicale des travailleurs et travailleuses doit beaucoup à La Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC) fondée en septembre 1921 à Hull. À l’époque, le clergé catholique exerçait une influence considérable au Québec. La CTCC se démarquait du courant syndical nord-américain, influent au Canada anglais et aussi au Québec. C’est en 1960 que la CTCC deviendra la Confédération des syndicats nationaux (CSN).

Un autre exemple vient du mouvement coopératif qui connaitra également une expansion au début du XXIe siècle dans le secteur de l’épargne et du crédit et de la production agricole. De nos jours, les coopératives et les mutuelles occupent une place de premier plan dans l’économie du Québec. Importants agents de changement, elles sont présentes dans de nombreux secteurs d'activité économique.

De nos jours, le Québec minoritaire en contexte nord-américain, est majoritaire et francophone sur son territoire. Dans la mesure où la population qui le constitue sait retrouver ses racines, il est possible de bâtir une société autour de valeurs universelles, ouvertes et attentives aux minorités agissantes dans la défense de leurs droits. Depuis un temps, les esprits s’échauffent sur ce qu’on appelle le projet de charte des valeurs. Serait-ce que les croyants de diverses religions sont incapables de vivre harmonieusement entre eux ? Ma grand-mère exhortait ses filles à la plus grande de prudence parce qu’elles allaient marier un homme qui n’était pas du « bon bord » dans la politique provinciale !

Le rapport aux différences, foyer de tensions

Les grandes religions de l’humanité portent en elles des valeurs universelles de respect et d’attention aux autres. Porteraient-elles aussi, au fond d’elles-mêmes, le germe de chicanes, voire de guerres inutiles et meurtrières ? Pendant des années, on a entendu parler de la guerre entre catholiques et protestants en Irlande du Nord. Peu à peu, on apprenait que des raisons économiques et politiques étaient à l’origine des insultes et des massacres gênants. L’Occident avait besoin du bloc soviétique pour avoir un ennemi sur qui frapper au plan idéologique, politique et économique. Le bloc soviétique n’était pas encore complètement écroulé que l’Occident se créait un autre ennemi : l’islam. La rencontre de François d’Assise avec le sultan d’Égypte aurait intérêt à alimenter notre réflexion dans nos rapports avec l’islam.

On accorde beaucoup trop d’importance aux prêchiprêchas de tout acabit qui ne cherchent qu’à exacerber des sensibilités à fleur de peau. Je peux comprendre qu’une certaine éducation ou l’attachement à des principes très rigides rendent l’un ou l’autre rébarbatif à certains droits revendiqués par la minorité homosexuelle ou toute autre minorité. « Qui suis-je pour juger, a dit le pape François? »

Lorsque des minorités luttent pour la reconnaissance de leurs droits, il est normal que d’aucuns, surpris, soient mal à l’aise et ressentent de l’inconfort. Mais tout compte fait, lorsqu’une société reconnait tous leurs droits aux minorités qui la constituent, c’est l’ensemble de cette société qui s’en porte mieux.


vol 119, no 2 • 15 mars 2014

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photo © Bencap

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