Eglise aujourd'hui

Se prendre en main


par Pierre Viau et Huguette Matte

Je suis de la génération où l’enseignement de la foi, qu’on appelle aujourd’hui la catéchèse, la préparation de la première communion et de la confirmation avaient lieu à l’école qui, elle, était dirigée par des religieuses.

Quand la religion « est sortie » de l’école, il y a eu émotion, commotion, énervement, et j’en passe. Désormais, il fallait que la communauté chrétienne prenne en main ce que l’école avait abandonné. Le passage a été souffrant et lent. Qu’en est-il aujourd’hui?

Un presbytère et un sous-sol d’église pris d’assaut par les enfants

Le dimanche matin, une centaine d’enfants se retrouvent et forment des groupes, occupent le salon et la cuisine du presbytère. D’autres sont au sous-sol. En semaine, il peut arriver le même branle-bas en début de soirée. Que se passe-t-il?
Des parents et des catéchètes font ce que l’école faisait dans les années passées. Regroupés selon les âges, enfants et adolescents lisent et échangent sur la vie de Jésus et de la communauté chrétienne. Des parents prennent la parole, alors qu’on avait enseigné à leurs grands-parents à se taire en mettant les pieds à l’église. Le changement est de taille.

La religion hors de l’école est une religion qui sort d’un cadre, d’une institution. C’est une religion libérée! Les parents et les catéchètes qui prennent en main la formation chrétienne des enfants relèvent un beau défi en s’adaptant à une réalité sociale et ecclésiale nouvelle.

Les enfants d’aujourd’hui ont de la chance

Au moment du « Notre Père », les enfants rejoignent la communauté chrétienne rassemblée. Arrivée festive, bruyante et en même temps stimulante et amusée pour les adultes. L’énergie des adultes consacrée aux enfants, l’évident espace que ces derniers occupent dans le rassemblement dominical est promesse d’avenir.

Des accrocs pour les sacrements

À l’école, tous les enfants vivaient la même préparation et célébraient la première communion et la confirmation avec un faste que nous ne connaissons plus. Tout le monde confirmé pouvait donc devenir parrain ou marraine lors d’un baptême et l’Église s’attend à ce que le parrain et la marraine d’un enfant baptisé aient reçu le sacrement de confirmation. Les secrétaires de paroisse ont besoin de toute la patience pour expliquer cette exigence sans froisser personne. Un baptême a dû être retardé en attente de l’arrivée des Seychelles d’une preuve d’une confirmation d’un parrain… Ailleurs, un curé conciliant biffait le mot marraine dans le livre des registres des sacrements de la paroisse et écrivait au-dessus du mot biffé « témoin ».

Que se passe-t-il pour les adultes qui « recommencent »?

Nombreuses sont les personnes chrétiennes de la génération des « baby- boomers » qui avaient pris une distance à l'égard de l'Église, et qui ont pu effectuer un retour à la « pratique » religieuse, grâce à la naissance d'un désir profond de comprendre, de réinterpréter leur vécu chrétien et ce, combiné à un besoin urgent de redonner un sens sacré à leur existence. Pour ce faire, il a été opportun pour ces recommençants et recommençantes, de trouver sur leur route des personnes compétentes et significatives. Cette pause, cette parenthèse, cette halte intérieure a laissé leur terre en jachère afin que puisse se déposer la grâce.

Une Église accompagnatrice

Le ministère d'accompagnement spirituel n'est pas chose nouvelle au sein de l'Église. Jusqu'à tout récemment, cette fonction relevait exclusivement d'un prêtre que l'on nommait le directeur spirituel. Alors qu'aujourd'hui, des laïques, des religieuses et religieux assument de plus en plus la mission d'accompagner les personnes.
La perte de repères spirituels et religieux associée aux aléas de la vie contemporaine complexe chez plusieurs recommençants, ont généré une demande croissante de personnes-ressources formées à l'accompagnement spirituel. Pour ce faire, le synode diocésain tenu à Montréal entre 1995 et 1998, appelait l'Église locale à vouloir assumer une présence davantage orientée vers l'accompagnement des personnes dans leur quête spirituelle. L'église locale devait donc tenir compte des questionnements individuels soulevés par la vie d'aujourd'hui. C'est en somme la réponse de l'Église au besoin profondément humain d'être accueilli dans toutes les dimensions de son être : corporelle, psychique et spirituelle.

Mieux formés, pour mieux aider

C'est ainsi qu'à l'automne 2001, le Centre Le Pèlerin ouvrait ses portes et accueillait sa première cohorte d'une vingtaine d'étudiants et d'étudiantes laïques ou issues de communautés religieuses, principalement féminines. Depuis, plusieurs centaines de diplômés/es religieux et laïques ont pu entendre leur appel et vivre leur mission d'accompagnatrices et accompagnateurs des personnes en quête de vérité sur elles-mêmes et de recherche spirituelle. Ainsi, cette mission d'Église d'aujourd'hui se réalise de façon privilégiée dans leur milieu respectif d'engagement communautaire ou au sein de structures pastorales.

L’Église ne marche ni en arrière, ni en avant, mais « avec » et « parmi » les autres. Cette église qui accepterait d’être déstabilisée, appauvrie, épurée et fragilisée, signe des temps. N'est-ce pas à partir de ses blessures, de ses fragilités que notre Église pourra naître à nouveau ? C’est une Église incarnée qui touche, qui interpelle, qui transforme et qui pétrit de l’intérieur la pâte humaine que nous sommes et qui peut nous ramener à Dieu.

Une Église pèlerine

Nous sommes toutes et tous des pèlerins en marche, imparfaits et perfectibles : c'est pour cela que nous sommes en marche. Un accompagnement spirituel et fraternel sur ce chemin de libération et de transformation intérieure facilite l'itinéraire du trajet vers Dieu.
Nous devons être nous-mêmes Église avant de penser à faire Église. À l'image de François, osons prendre des chemins obliques et parfois tortueux avant de pouvoir transformer nos propres démons en grâces. « Le Seigneur lui-même me conduisit parmi les lépreux; et au retour, ce qui m’avait semblé si amer s’était changé pour moi en douceur pour l’esprit et pour le corps. » Testament de François, 2-3.

 

vol 118, no 3 • 15 novembre 2013

Fille-femme

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