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Maturité évangélique

Jean-Claude Bergeron

Lors d'animation de retraites, d'accompagnement personnel de religieux et de religieuses ainsi que de laïcs engagés en Église, je perçois une confusion entre la perfection évangélique et la maturité évangélique.

UN IDÉAL INACCESSIBLE

La perfection m'apparaît comme un idéal inaccessible, que la moindre faute, la moindre erreur, la moindre faiblesse vient détruire. La maturité semble un objectif très loin, vers lequel nous pouvons tendre et que nous ne pouvons atteindre que lorsque nous devenons vieux. Très peu de gens en l'Église sont capables de définir la maturité évangélique ou de dire ce qu’est la maturité évangélique. D'ailleurs cette expression : "Maturité évangélique" n'est pas fréquente dans la Bible. Il est plus qu’important que nous prenions le temps de réfléchir là-dessus. La maturité d'une personne est difficile à évaluer, plus encore à définir avec précision.

De nombreux passages du Nouveau Testament exhortent les chrétiens à croître pour devenir des adultes (1 Co 3,1-3 ; Ép. 4,14 ; 5,11-14 ; 1 P 2,1-2, etc.), à progresser (1 Th 4,9-11), à être édifiés (construits) (Ép 4,16 ; 1 P 2,4-5), affermis (1 Th 3,12-13), perfectionnés (1 P 5,10), sanctifiés (Jn 17,19 ; Ép 5,26 ; 1 Th 4,3 ; 1 Th 5,23 etc.).

En 2 Pierre 3,14, l’apôtre écrit : [...] appliquez-vous à être trouvés par lui sans tache et irréprochables dans la paix.
Par « appliquez-vous », l'apôtre Pierre nous invite à être vigilants en restant concentrés sur notre croissance en Jésus Christ. Je crois que le but de cette croissance, c'est la maturité évangélique que Saint Paul appelle « la stature parfaite du Christ ». Ép 4,13.

UN CHEMIN DE CROISSANCE

L'idée de perfection évangélique n'évoque pas forcément celle de la croissance alors que la maturité est un aboutissement et non un état immuable. La maturité évangélique que nous atteignons progressivement n'est pas remise en question par nos péchés et nos faiblesses. Parvenir à la maturité évangélique, consiste à devenir une personne spirituelle accomplie selon la stature parfaite du CHRIST, à la ressemblance du DIEU des évangiles.

J'aimerais soumettre quelques pistes à votre réflexion pour faire le point sur la (ma) maturité évangélique et la (ma) croissance spirituelle.

AVOIR SOIF

Un élément important dans mon cheminement vers une maturité évangélique est cette soif de connaître Dieu, ouverture à Dieu. J'aspire constamment à une compréhension plus profonde de la Parole de Dieu et à vivre cette prière du Notre Père Que ta volonté soit faite sur terre, aujourd'hui dans chaque domaine de ma vie. Avoir une grande soif de connaître Dieu et un désir de connaître la vérité de la Parole de Dieu sont pour moi des indicateurs dans mon cheminement vers une plus grande maturité.

DEVENIR CONSCIENT ET RESPONSABLE

Il est vrai que plus je deviens mature dans ma vie spirituelle, plus je deviens conscient et responsable de mes limites. Il est important de comprendre que nos épreuves, nos tentations, nos faiblesses et même nos péchés sont des occasions de croissance. C'est lorsque nous sommes acculés au pied du mur que nous voyons vers qui nous nous tournons et c'est alors que nous constatons que nos doutes affermissent notre foi. (2 Co4,7-12) Parfois, il arrive que je ne comprends ni le pourquoi ni le but, mais il est sage de croire ce que Paul a écrit aux Romains (Rm 8,28), à savoir que Dieu fait tout concourir au bien de ceux et celles qui l'aiment et le servent.

DEMEURER EN SA PRÉSENCE

Un autre élément qui apparait dans la maturité évangélique, c'est d'être régulièrement conscient de la présence et de l'œuvre de Dieu dans chaque domaine de notre vie. En 1 Thes. 5,16-18, Saint Paul exhorte les chrétiens à demeurer en la présence de Dieu en tout temps. Croire et vivre selon la Parole de Dieu n'est pas un engagement à temps partiel. Un des indicateurs de notre maturité évangélique est que je ne peux pas garder silence au sujet de Jésus le Christ. Je veux parler de Dieu. Je veux crier l'Évangile de Jésus Christ. Je veux proclamer la Bonne Nouvelle.

Plus je deviens mature, plus je suis préoccupé du projet d'amour de Dieu et du bien-être de mes proches. Je sais ce que Dieu a fait pour moi, et le meilleur moyen d'aider mon prochain consiste à partager mon expérience de Jésus Christ avec lui.

A mesure que je grandis en Jésus Christ, ma foi et mon assurance que Dieu est bienveillant augmentent aussi. Dieu est providence et je participe à sa providence. (Mc 6,41 ; Lc 9,16) C'est avec cette certitude que rien de ce que je peux demander n'est trop difficile pour Lui. "Tout est possible à celui qui croit." Mc 9,23

AVOIR DE L’AUDACE

La maturité évangélique m'amène à avoir de l'audace. Ma vie, comme celle de Jésus, n'est pas toute tracée d'avance. Chaque jour, je peux être placé devant une alternative : mener ma vie à la force du poignet et garder la maîtrise, ne pas me laisser déborder par les évènements d'une part, ou pouvoir commencer ma journée en me disant : "je reconnais devant toi l'être étonnant que je suis ; je sais bien que je suis l'œuvre de tes mains ".
Avoir de l'audace, c'est expérimenter à chaque moment de la journée que Dieu est toujours avec moi, pour dire la parole juste alors que je serais tenté de dire une parole qui tue, pour garder un silence quand mon prochain est trop ferme, pour tendre la main et se faire proche de mon prochain qui souffre. C'est pourquoi, la maturité évangélique ne se rapporte pas à l’aboutissement d’une perfection morale ou spirituelle où toute trace de péché a été supprimée. Il s’agit plutôt d’un processus de conversion qui se poursuit toute la vie et qui me permet de connaître la victoire dans mon combat à chaque jour.

Jésus croissait en sagesse, en stature, et en grâce, devant Dieu et devant les hommes. Luc 2,52.

À suivre au prochain numéro


vol 120, no 1 • 15 février 2015


 

Spiritus

Photo © Josée Richard

Photo du haut © Ben Cap

 

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