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La liberté, critère du cheminement spirituel

Yvon Théroux

Notre premier contact avec l’univers commence là où nous sommes né-e-s, en cette époque précise où nous avons vu le jour. C’est notre microcosme, c’est-à-dire un « petit univers à notre échelle ».

Faits pour la vie

Nous voulons savoir, nous voulons connaître nos origines, palper la culture ambiante, retracer des racines. La vie ne peut que produire de la vie. Nous sommes faits pour la vie. Une spiritualité cosmique d’abord et avant tout. Celle-là même qui nous incite au respect de notre environnement immédiat et, plus largement, de notre planète; qui nous convoque au respect intégral de toute vie, végétale, animale et humaine. Voilà bien un commun dénominateur entre tous les courants de type humaniste, écologique, spirituel et religieux.

Critères d'authenticité

M’adressant particulièrement à des femmes et des hommes de bonne volonté et pour la plupart, je présume, de la tradition chrétienne, je vais maintenant examiner des critères qui pourraient aider à vérifier soi-même l’authenticité de sa démarche spirituelle à l’intérieur d’un processus de maturation. Pour ce faire, je vais m’inspirer d’un article de Bernard Ugeux (3) ainsi que du dernier ouvrage d’Anselm Grünn(4). Je vais élaborer un critère à la fois en déployant simultanément quelques questions pour que toute personne, se sentant interpellée, puisse vérifier par et pour elle-même là où elle se situe en nommant, en vérité, sa réalité telle que vécue.

La liberté

Voyons le premier critère se rattachant à une valeur fondamentale : la liberté. Il ne s’agit pas ici du sens philosophique de l’autodétermination où on se détermine soi-même à agir ou à décider en toute liberté. Mais il ne serait pas faux non plus de penser que c’est une étape préalable avant d’accéder à la plénitude de la « liberté intérieure ». Celle-ci nous autorise à nous rendre disponibles, « à s’ouvrir à cette vie profonde, intime et cosmique à la fois, à entendre ses appels, à y conformer son agir »(5). Que ces appels émergent de nos profondeurs ou de l’extérieur, notre liberté intérieure les perçoit comme des échos de la présence vivante et vivifiante de Dieu qui nous interpelle. Cela exige un discernement spirituel que peut aider un contact ou un dialogue avec une personne apte à l’accompagnement spirituel.

Se détacher de soi

En définitive, il s’agit de se détacher de soi-même pour mieux entrevoir l’action divine en nous. Nous ressentons cette attitude de paix profonde parfois après certains combats intérieurs incontournables. Mais en tout état de cause, la foi l’emporte sur le doute. Nous nous raffermissons, et cette énergie nouvelle, envahissante, surgit de l’intérieur de nous-mêmes. Nous cessons graduellement de « croire » par référence, par habitude, par héritage. Ce n’est plus un acte culturel et religieux tout à la fois. C’est l’expression même de la foi vécue qui succède à la foi reçue et à la foi apprise. Ce geste librement consenti nous grandit, nous émeut – car il nous surprend nous-mêmes!- et nous fait goûter à une relation de qualité avec toutes les personnes qui nous entourent. L’accueil inconditionnel de l’autre se met en place. Le jugement s’estompe. La tolérance donne sa place au respect intégral. La peur de l’étranger disparaît. Nous sommes en train d’appliquer les attitudes fondamentales de Jésus en son temps auprès de toutes les personnes rencontrées quelles que soient leur statut au sein de la société d’alors, leur appartenance socio-économique, leur identité culturelle et religieuse.

Ouverture à l'autre

Nous expérimentons cette attitude évangélique tout à fait gagnante : « ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites. » Finie la discrimination, fini le procès d’intention, finie la peur de la différence. Terminée l’attitude de propriétaire exclusif de la vérité. Notre « liberté intérieure » nous ouvre à une autre forme de liberté qui nous incite à reconnaître les autres « faits aussi à l’image et à la ressemblance du Créateur » (Genèse 1 : 26-27). Voilà bien un premier critère qui ne ment point. Il ouvre, en toute liberté, l’esprit, le cœur et l’âme. Il nous amène au deuxième critère : la qualité authentique de notre relation aux autres.

 

vol 119, no 1 • 15 janvier 2014

Notes :
(3)UGEUX, Bernard, « Le bon chemin », dans Prier, no 252, juin 2003, p. 34.
(4)GRÜN, Anselm, L’identité masculine en question, trad. de Charles Chauvin, Paris/Montréal, Médiaspaul, 2005, 178 p.
(5)Voir la note (1)

Spiritus
Dessin © Josée Richard

Photo du haut © Ben Cap

 

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