Claire et Fran�ois �crivent

Tout est SAINT

Laurent Gallant

Nous sommes habitués à utiliser l’adjectif « sacré » pour parler de choses importantes : par exemple : la vie, la conscience. On connaît l’expression : « Ça, c’est sacré! On n’y touche pas. » De certaines personnes on dira qu’elles sont « consacrées » : religieuses, religieux, prêtres, évêques. Ces derniers, il n’y a encore pas si longtemps, plutôt que d’être ordonnés, étaient « sacrés ». On « consacre » aussi certains lieux : par exemple, des églises et autres sanctuaires. Comme temps fort de l’Eucharistie on parle de la « consécration ». Ces personnes et objets consacrés on peut les « profaner », commettant ainsi un « sacrilège ».

Du paganisme au christianisme

Cette façon de parler nous vient de très loin, d’avant le christianisme. Les religions païennes de l’époque distinguaient ce qui est « profane » et ce qui est « sacré ». On concevait comme sacré le monde des dieux, face auquel il y avait le monde « profane » dans lequel vivent les humains. Mais certaines réalités de ce monde profane (personnes, endroits, temps, rites et paroles) pouvaient être consacrées et devenir ainsi comme des ponts donnant accès au sacré, c’est-à-dire au monde divin.

L’ancien Israël avait hérité une bonne part de cette façon de concevoir ses relations avec Dieu. Au sommet des réalités consacrées il y avait, bien sûr, le Temple avec le « Saint des saints », vu comme étant le lieu par excellence de la présence de Dieu au milieu de son peuple. L’expression « Saint des saints » est l’indice d’une hésitation entre le saint et le sacré quand il s’agit de ce haut lieu de rencontre entre Dieu et son peuple. Par ailleurs, au cours des siècles, le couple sacré /profane a été remplacé en Israël par la division des choses et des personnes en « pur » et « impur ». Jésus, à la suite des grands prophètes, rejeta cette division de la réalité (voir Mc 7,15-23) et parla plutôt de ce qui est « saint » et de ce qui est « péché », c’est-à-dire contraire à la volonté, ou au projet de Dieu et qui implique notre liberté et responsabilité.

François d'Assise à l'école du Christ

François d’Assise avait bien retenu la réaction de Dieu face à l’ensemble de sa création (Gn 1,31 : « cela était très bon »), ainsi que l’enseignement du Christ. Dans ses écrits on rencontre le mot « saint » plus de trois cent fois. On y trouve aussi le mot « sacré », mais seulement à trois endroits (et chaque fois ayant le sens de « saint ») pour qualifier la théologie, le pain de l’Eucharistie et les noms de Dieu – qu’ailleurs il appellera « saints ». Du pain de l’Eucharistie il écrira qu’il « est sanctifié (plutôt que consacré) par les paroles du Seigneur » (Admonition 1,9). La conscience qu’il a du péché – d’abord dans sa propre vie – fait qu’il en parle très souvent dans ses écrits.

Reconnaître le Dieu trois fois saint

Alors que « sacré » et « profane » sont des expressions qui s’excluent mutuellement (une réalité est soit sacrée, soit profane), le saint et son contraire, le péché, sont inextricablement mélangés chez nous, les êtres humains. La sanctification de chaque personne est un projet de toute la vie, et toujours menacé par l’attrait du mal. Dans toute la création il n’y a de péché que celui que nous y introduisons. Et ce péché forme comme un voile qui obscurcie notre regard de sorte que souvent nous ne percevons plus la création comme révélation du Créateur. À mesure qu’il s’appliquait à « suivre les traces de notre Seigneur Jésus Christ », François découvrait la présence de Dieu partout dans la création. Il n’y avait plus pour lui de lieux, de personnes, de prières ou de rites « sacrés » dans un monde qui serait « profane ». Même chez les personnes notoirement marquées par le péché, il avait appris – à l’école de Jésus – à reconnaître l’action de l’Esprit qui sans cesse maintient dans leur cœur un appel à une plénitude de vie qui ne se trouve que dans le Dieu « trois fois saint ».

Se laisser recréer

L’exemple de François nous invite donc à laisser le Christ nous sanctifier, c’est-à-dire nous recréer par l’Esprit à l’image et à la ressemblance de Dieu. À la mesure de cette transformation intérieure, il nous sera non seulement possible, mais nécessaire, de tout désacraliser afin de mieux percevoir comment tout ce que le péché avait couvert d’un voile aveuglant participe en fait à la sainteté du Créateur et en est le premier lieu de révélation.



vol 119, no 5 • 15 octobre 2014

Paroles de

Claire et François

Entrée lumineuse

photo@BenCap

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