Claire et Fran�ois �crivent

Claire nous interpelle


La force de la bienveillance 

sœur Suzanne Gaulin, osc

C’est le sous-titre du dernier livre de Matthieu Ricard, moine bouddhiste, qui ne cesse de faire appel à notre aspiration à la simplicité et au partage comme horizon d’espérance pour notre monde trop souvent enfermé dans son autosuffisance.

Déjà, Claire se situait dans le lit de ce grand fleuve qui sillonne l’humanité depuis ses origines et qui prend sa source dans le Cœur de Dieu : « Cet amour que vous avez au-dedans, manifestez-le au-dehors par des actes. » (Testament de Claire)

Cet amour que vous avez au-dedans

Encore nous faut-il trouver la source de cet Amour, nous approcher de notre puits intérieur d’où elle jaillit. Nous ne pouvons manifester au dehors que ce qui nous habite au-dedans.

Chacun, chacune a à apprivoiser son propre cœur, sa soif de beauté au-delà de tout attrait superficiel, son aspiration à la compassion plus puissante que toute tentation de repliement, sa disposition au partage plus forte que sa tendance à l’appropriation. C’est un combat de chaque jour, mais un combat lumineux, libérateur, qui fait advenir notre véritable visage. Il suffit d’entendre l’Esprit qui gémit en nous : « Viens, je te montrerai le chemin. Dépassée la peur, tu trouveras la joie, la joie d’aimer, la joie d’être frère, sœur, la joie d’exister. »

Manifestez-le au dehors

« Ce trésor caché, tu le tiens dans tes bras de pauvre. » (1ère lettre de Claire à Agnès de Prague) L’amour est un trésor qui s’accroît en le partageant.

Le monde propose un tout autre chemin, celui de l’appropriation, la compétition, la performance, le confort, tous agents conduisant à l’individualisme, la surconsommation, la domination, l’exploitation du plus fragile. Et tandis qu’une partie de l’humanité se déshumanise dans la poursuite d’un faux bonheur, l’autre partie se débat dans une pauvreté qui en est le fruit dévastateur.

Il nous faut redécouvrir notre fraternité humaine, et ce qui nous interpelle du dedans, trouver le lieu pour l’exprimer au dehors par des actions concrètes qui permettent à chacun, chacune de retrouver sa dignité profonde.

Est-il besoin d’actions extraordinaires qui dépassent nos possibilités? Il est surtout urgent de « revenir à notre cœur », d’être témoin d’une autre mentalité, de creuser le sillon de François et de Claire, fait de simplicité, de sobriété, d’humble ouverture à l’autre, de refuser toute forme de violence, favoriser ce qui engendre la paix.

« La fraternité a besoin d’être découverte, aimée, expérimentée, annoncée, témoignée » proclame ce François d’aujourd’hui, qu’est notre Pape. « Et c’est seulement si nous acceptons de nous déplacer dans le vaste espace assuré par cette ouverture à Celui qui aime chaque homme et chaque femme, poursuit-il, qu’elle pourra advenir. »

Chemin de conversion, oui, sans aucun doute, mais surtout chemin de lumière, chemin d’espérance, chemin d’humanisation, chemin où l’on commence à goûter la Joie suprême, celle du don de soi, de la communion au Fils de Dieu qui s’est livré pour que nous ayons la VIE en plénitude, cette Vie qui demeure. « Nous savons que nous sommes passés de la mort à la VIE du fait que nous aimons nos frères. » (1Jn 3, 14)

« L’amour que vous avez au-dedans, manifestez-le au dehors par des actes, ainsi vous serez ‘miroirs’ pour le monde », ce monde en attente de cette « bienveillance », faite de compassion, de partage, de solidarité, de relations authentiques. (cf. Testament de Claire)


vol 119, no 2 • 15 mars 2014

Paroles de

Claire et François

Poêle à bois
photo : Josée Richard

Nouvelle revue franciscaine
www.lesiaf.org • www.nrfweb.ca • www.portailfranciscain.ca
Êtes-vous inscrit à notre cyber-envoi ? Voulez-vous faire un don ?