Claire et Fran�ois �crivent

François nous interpelle


Des « choses» et des « biens »

 

Laurent Gallant, ofm

Au début du chapitre six de la Règle de vie qu’il a rédigée pour lui et ses frères et que le pape Honorius III a approuvée en 1223, François d’Assise demande aux frères de ne rien s’approprier, « ni maison, ni lieu, ni quelqu’autre chose ». Ce dernier mot – « chose » (en latin : res) – ne se trouve que très rarement dans les écrits de François, presque tous rédigés en latin. Par contre, les traductions françaises de ces mêmes écrits font souvent appel au mot « biens » pour traduire diverses expressions latines. Par exemple, dans ce même chapitre six de la Règle, François écrit que le fait de ne rien s’approprier rend les frères « pauvres en choses » ; mais dans les traductions on lit habituellement « pauvres en biens ».

Or François emploie souvent ce mot « biens » (en latin : bona), mais toujours pour désigner ce que nous, êtres créés, recevons du Créateur – c’est-à-dire : tout. Il pourra donc écrire : « Et tous les biens, rendons-les au Seigneur Dieu très haut et souverain et reconnaissons que tous les biens sont à lui, et rendons-lui grâce de tout, à lui de qui viennent tous les biens. »

Une différence?

Mais quelle est alors selon François la différence entre ces deux petits mots : « choses » et « biens » ? Nous en trouvons une bonne indication dans ce qu’il dit, au chapitre deux de la Règle, au sujet des candidats à la vie des frères. Ils sont invités – selon les paroles du Christ en Mt 19,20 – à vendre les possessions qu’ils pourraient avoir et à en distribuer le produit aux pauvres. Quant aux frères, ils doivent se garder « de se préoccuper des choses temporelles [des candidats] pour que [ceux-ci] fassent librement de leurs choses ce que le Seigneur leur inspirera ». On conviendra qu’en français le mot « biens », qu’on lit dans pratiquement toutes les traductions, sonne mieux dans ce cas que celui employé par François : « choses » (en latin : rebus).

Se désapproprier

Mais François avait consciemment choisi ce mot. Car pour les futurs frères il s’agissait d’un moment de conversion, y compris de leur rapport à la création. Ils devaient se « désapproprier » de tout ce dont ils pouvaient être « propriétaires » et tout rendre au propriétaire véritable de tout, le Seigneur Dieu – comme François le disait dans le texte cité plus haut. De plus, il se percevait dans une relation fraternelle avec toute la création dont chaque partie, si petite soit-elle, faisait partie de tous les « biens » qui nous viennent du Créateur. Tout ce qu’un frère s’approprie devient sa « chose », son esclave et, de ce fait, perd sa noblesse originelle. Le lien fraternel qui lie le frère à l’ensemble de la création est alors détruit. D’où la consigne, rappelée au début de cette réflexion : les frères ne s’approprieront rien.

Intendant ou propiétaire?

Pour François il s’agissait là d’une exigence évangélique; donc valable pour tous les chrétiens. Mais il savait bien que tous ne la vivraient pas de la même façon. Ayant tout quitté pour « suivre les traces du Christ », il se voyait, lui et ses frères, appelés à vivre cette exigence de façon à la maintenir comme un signe, un rappel constant au milieu de la communauté des frères et sœurs du Christ. Pour le grand nombre, cette exigence se vivrait davantage comme une responsabilité d’intendance en ce qui regarde tous les « biens » que le Créateur met à la disposition de tous ses enfants.

D’où la question qu’on peut se poser

Est-ce que j’agis comme propriétaire des « choses » que je possède ou comme intendant des « biens » que Seigneur me confie pour les faire servir à l’avancement de son Royaume de paix, de justice et de partage ?

vol 118, no 3 •15 novembre 2013

Paroles de

Claire et François

Rocher
photo : Josée Richard

Nouvelle revue franciscaine
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