gens qui inspirent

Huguette Oligny
Le goût de vivre

Pierrette Bertrand

Cette grande dame de la télévision et du théâtre québécois nous quittait en mai 2013 à l’âge de 91 ans, après avoir participé pendant 60 ans à l’évolution culturelle du Québec.
Elle a à peine 20 ans, quand elle commence sa carrière artistique. Sans faire un retour exhaustif sur sa longue carrière marquée entre autres par ses rôles dans la dramaturgie québécoise, les nombreuses téléséries : La Famille Plouffe, Rue des Pignons, Cormoran, etc…et les honneurs qu’elle reçoit à sept reprises, en 1984 elle est nommée Officier de l’Ordre du Canada et en 1999, Officier de l’Ordre National du Québec. Jusqu’aux années 2000, elle demeure très active et défend des rôles mémorables.

Un tournant

Au printemps 2011, sentant ses forces l’abandonner, la dame quitte son appartement de Rosemont pour aller vivre en résidence. Contrairement à d’autres aînés qui, déracinés de leur milieu, perdent la force de vivre, Madame Oligny, ressent ce passage comme une libération. Sa vision des choses se transforme; sa parole, dégagée de toute contrainte, libérée de l’autocensure qu’elle s’est longtemps imposée, témoigne de la sagesse d’une femme qui a un héritage spirituel à léguer.

J’ai passé le temps où l’on veut tellement paraître, paraître… Non, c’est fini,ça! Quand on est jeune, c’est très important, Mais quand on est très vieux, qu’on a un pied dans la tombe quasiment, paraître pour quoi, pour qui? Non, paraître, c’est terminé pour moi!

 

La femme la plus heureuse du monde

Pascal Gélinas, fils de Gratien Gélinas, dont Huguette a été la seconde épouse, a voulu recueillir les réflexions et les confidences d’une femme arrivant à la fin de son parcours. Il en ressort un vibrant message de joie, d’espoir et de foi, livré tout juste avant la dernière tombée du rideau.

Je suis à l’âge que j’ai, dira-t-elle, un âge plus que respectable, la femme la plus heureuse du monde. Je suis complètement heureuse! Je nage dans le bonheur. L’âge me convient parfaitement. Quand on arrive dans la vieillesse, on se rend compte que la vie est tellement courte, tellement brève, tellement pleine. Je suis une personne comblée. Qu’est-ce que je peux encore espérer de la vie? Quel cadeau que la vie ! Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux?

 

La joie de vivre

Dans une lettre à sa mère écrite alors qu’elle avait 24 ans, Huguette Oligny affirme : Chaque matin en m’éveillant, je suis heureuse de sentir que j’existe et que la beauté du jour qui vient dépend de la beauté que je veux y mettre. Malgré les coups durs et les épreuves de sa vie : un divorce avec son premier mari, la perte de ses enfants que le chantage de cet homme lui impose durant neuf longues années, elle semble marquée depuis toujours par un profond goût de vivre qu’elle veut communiquer aux autres. Le documentaire Huguette Oligny, la joie de vivre montre une femme apaisée, vivant la fin de sa vie avec une sérénité exemplaire. Elle s’émeut devant un rocher dans la cour qu’elle contemple par la fenêtre de sa résidence : Dans la vie, il faut pouvoir se reposer sur des choses concrètes, solides et immuables…

Je ne suis jamais seule

Un jour, montrant un crucifix qui l’a accompagnée depuis ses 15 ou 16 ans, elle dira : Dieu me parle; je ne suis jamais seule. Il est là constamment. On se parle; c’est mon ami. Le plus grand ami que j’ai … J’ai un pied dans l’éternité, là moi. Et son beau-fils de lui répondre à brûle-pourpoint : Moi, je dirais : Déjà les deux! C’est ça qui est beau laissant entendre par là que le grand passage est déjà amorcé pour elle. Un peu interloquée par la réponse, elle reprend sur un ton songeur : Les deux… Et puis, avec un sourire enjoué et les yeux pétillants, elle répète : Eh! Les deux pieds dans l’éternité.


vol 119, no 5 • 15 octobre 2014

 

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Huguette Oligny

 

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