Claire et Fran�ois �crivent

Des fioretti pour nous aussi

Norman Lévesque

Vous connaissez les fioretti, ces petites histoires racontant des moments surprenants de la vie de saint François d’Assise. Plusieurs d’entre elles décrivent une relation fraternelle avec des animaux : le loup de Gubbio, la prédication aux oiseaux, le jeune homme et les tourterelles, l’agneau donné en cadeau. Ces récits présentaient une relation avec les animaux qui était hors du commun pendant le Moyen Âge. Avec la crise écologique actuelle, causée par notre déconnexion avec la Création, ces fioretti méritent d’être redécouverts.

Il y a quelques années, quand je faisais un pèlerinage en Italie et que saint François est devenu mon ami, je me rappelle à quel point ses gestes m’inspiraient : reconstruire les églises pierre par pierre, visiter les lépreux, offrir son manteau à un mendiant. Par contre, lorsque je lisais les récits de ses rencontres fraternelles avec les animaux, je trouvais ça assez farfelu. Je me raisonnais en me disant que c’était des symboles, des allégories d’un homme qui avait beaucoup d’amour pour la nature, mais communiquer avec un loup enragé; voyons donc! Se faire écouter par plusieurs oiseaux au pied d‘un arbre. Impossible! Mais, en bon scientifique que je suis, je devais essayer. Mes expériences de fraternité avec les créatures allaient commencer.

C’était l’été après mon pèlerinage en Italie. Mes amis et moi avions organisé une fin de semaine de camping au Mont Tremblant. Le dimanche matin, j’avais très mal dans le bas du dos (peut-être que j’avais mal dormi dans la tente). Quelque soit la raison, j’étais incommodé et je ne pouvais pas faire la randonnée en montagne avec mes amis. Je leur ai proposé de rester au campement et de préparer le feu et le dîner. En plus, ça me laissait le temps de choisir une lecture d’Évangile et de prier. Ma communion ce jour-là allait se faire autrement qu’avec du pain et du vin.

J’étais assis près du rond du feu et je méditais un passage de la fin de l’Évangile selon Marc (16, 15) : « Allez par le monde entier et portez la Bonne Nouvelle à toutes les créatures. » Je méditais calmement cette idée quand tout à coup, je me suis rappelé que je devais préparer le feu pour le dîner. Je commençais à peine à décharger des bûches de la voiture quand j’ai eu de la visite inattendue sur mon campement.

Un cerf de Virginie est sorti du bois et lorsqu’il m’a vu, il a figé. Moi aussi. Et spontanément j’ai pensé : Comment porter la Bonne Nouvelle à cette créature? Comment être son frère? J’ai alors choisi un chant de Taizé : « Donna la pace, Signore, a chi confida in te. » (Donne la paix Seigneur à celui qui se confie en toi). Je voulais que Dieu prenne toute la place afin que je puisse être, comme François, un frère universel.

C’est alors que cette créature majestueuse, avec des bois splendides sur la tête, s’est approchée tranquillement de moi. Puis j’ai tendu ma main tranquillement, et j’ai pu flatter son cou. J’ai continué à chanter et nous étions tous les deux en paix. Ensuite, il s’est retourné et mangea quelques feuilles d’un buisson sur mon campement. Puis, il a poursuivi son chemin, et moi j’ai préparé le feu pour le dîner.

Ce jour-là, j’ai compris que les fioretti sont plus vrais qu’on peut l’imaginer. Il suffit d’évacuer l’arrogance que nous avons face à la nature, et de remplir notre être avec la présence de Dieu, faire place à la paix et à un amour débordant pour tous les êtres vivants.

Dans d’autres chroniques, je vous donnerai des trucs écologiques, mais profitons de l’automne pour aimer la Création, ce qui nous motivera ensuite à la protéger.

vol 118, no 2 • 30 septembre 2013


Chronique écologie

Papillon
Photo : Sylvain Campeau

 

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