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Au coeur des mots

Il était une fois … la morale

 

François Pageau

Paul arsenault, il était une fois … la morale, Médiaspaul, Montréal, 2008

Voici un auteur qui aborde avec courage et créativité un sujet, voire une question d’une très grande actualité malgré les préjugés sociétals. Il nous apparaît opportun, avant de relater la richesse du livre du père Arsenault, de rappeler le contexte socio-historique qui a précédé l’arrivée de ce livre au XXIe siècle.

Pourquoi la notion de morale a-t-elle perdu au Québec, hier comme aujourd’hui, ses vertus de guide de vie ? Les raisons sont multiples. Brièvement, les « canadiens français » ont vécu une époque (19e /première moitié du 20e siècle) où la religion catholique était dominatrice et impérialiste. Elle affirmait haut et fort, sans discernement et sans réflexion « hors de l’église point de salut ». Cette propagande enseignée comme une idéologie plutôt qu’une religion pouvait être plus aliénante que libératrice. Dans un tel contexte la morale dominait par la peur. Il fallait faire sans toujours comprendre ce qui distingue le bien du mal, le juste de l’injuste, le vrai du faux. Ajoutons à cela la « vague profonde » de la pratique d’une foi plus sociologique que spirituelle.

Vers la 2e partie du XXe siècle, il y a eu progressivement un transfert de la notion de la morale vers le concept d’éthique. L’objet de ce nouveau venu est de développer, construire « une réflexion argumentée en vue de bien agir ». Le sens critique qui manquait au « petit catéchisme de la morale » d’antan est devenu le fondement de l’éthique contemporaine. Elle a ramené au cœur de l’agir humain une réflexion, un questionnement, une recherche de discernement. Par contre, comme l’histoire sociale nous l’enseigne : un excès sociétal en entraîne souvent un autre. Les canadiens français depuis la deuxième partie du 20e siècle, ont aussi « jeté le bébé avec l’eau du bain », voire ici la morale avec la religion et sa sagesse millénaire. Ceci, pour reconnaître que malgré ce passé de religiosité, était aussi présent sous cette « vague profonde » l’humus de la « Bonne nouvelle » où nous devons distinguer, là aussi l’ivraie du bon grain.
Est-ce mieux ? Est-ce pire aujourd’hui ? Voilà justement ce genre de questions que porte de façon originale, critique et sans complexe l’auteur du livre. Il réactualise « l’esprit critique » à la lumière des agirs et des paroles du fondateur des Évangiles. Les grandes questions qui fondent l’action morale sont abordées et traitées avec beaucoup de délicatesse, d’intelligence, de sagesse qui ressemblent à celle de Jésus et de son Père. À titre d’exemple, une piste de réflexions que nous retenons en lien avec la parabole « de l’ivraie et le bon grain » où il réfléchit avec le lecteur :

… notre Père du Ciel : il demande de laisser pousser l’ivraie parmi le bon grain. Ce qui est scandale pour plusieurs. Comment Dieu peut-il agir ainsi ? Pourquoi ne fait-il pas une épuration en bonne et due forme ? Pourquoi ne règle-t-il pas le problème tout de suite au lieu de risquer une contamination générale lors de la récolte ? Qu’est-ce que cette tolérance qui laisse vivre les méchants au milieu des bons ? Qui n’a jamais conçu un secret désir de voir Dieu intervenir pour punir les ennemis, les meurtriers, les abuseurs, les terroristes ? (…) La parabole du bon grain et de l’ivraie nous laisse entendre que nous ne savons pas avec une absolue certitude où est le bien, où est le mal.(…) Avis aux moralistes qui se prennent pour Dieu, alors que celui-ci patiente et prends pitié! (p.125).

 

Le contenu de ce livre est à notre humble avis d'une grande maturité spirituelle. C’est une réflexion qui a été méditée. Sa vision de la vie morale fondée et inspirée par la « pratique non-conventionnelle » de la conception divine de la morale du Jésus des évangiles - est aussi profonde que juste et plus que jamais actuelle au cœur de notre vie quotidienne, personnelle et sociale. Tout en s'inspirant de la miséricorde et de la patience proverbiales de Dieu, on retrouve dans ce livre du père Arsenault la finalité essentielle de la morale, à savoir un « guide de vie » pour faire croître notre recherche du Bien, du Beau, du Vrai, du Juste !


vol 121, no 1 • Mars 2016


 

Saint-François d'Assise

Nouvelle revue franciscaine
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