Violonceliste

En pleine action

Quand deux solitudes s’apprivoisent

 

Lévi Cossette, ofm

C’est avec beaucoup d’humilité que j’entreprends ce récit de la fécondité spirituelle de deux solitudes, devenue belle amitié inoubliable. La rencontre s’est faite sur le bord d’une piscine. Elle n’a rien de romantique ou érotique. Jean-Guy 45 ans et Sara 71 ans se sont croisés à la piscine de la résidence multi-logements. Sara vivait un deuil et Jean-Guy vivait sa solitude.

L’histoire de Jean-Guy et de sa solitude commence en très bas âge, dès l’école primaire. Il ne se souvient pas d’avoir connu l’amitié. Son milieu familial était  totalement dénudé d’affection, d’attention. La froideur de son père se transformait facilement en violence. Cette froideur occupe la presque totalité de son récit de vie. Il parle très peu de sa mère et de ses liens familiaux. Son père prend toute la place. De sa bouche sortent des phrases lourdes de sens. Jean-Guy « ignorait totalement l’affection », et  « n’en connaissait même pas le sens ».

Le paragraphe qui précède pourrait laisser entrevoir des carences aux conséquences néfastes. Il n’en est rien. Jean-Guy a fait de sa vie un beau succès. Et le but de ce récit n’est pas d’étaler sa vie professionnelle. Les substituts au modèle paternel, boiteux et imparfait, ont favorisé chez Jean-Guy l’éclosion d’une belle personnalité. Il est fort probable, cependant qu’il vivait une longue attente sous une carapace toujours prête à être délestée.

Dialogue et apprivoisement

Jean-Guy fait la rencontre de Sara lors d’un deuil qu’elle vivait difficilement. Il la prend chez lui, à la suite d’un bon temps de dialogue et d’apprivoisement. Jean-Guy et Sara, n’ayant aucun lien de connaissance, il leur a fallu s’apprivoiser, pour parler le langage de Saint-Exupéry. Des liens se tissent. Des belles valeurs de partage et de considération mutuelle se vivent au quotidien. Le désaccord et la discorde n’ont aucune place en leur manière de vivre.

Deux personnes fort différentes, avec leur bagage de solitude, développent une belle complicité et complémentarité sous leur toit. La dame pensionnaire  portera trois titres pendant les 15 ans de séjour chez Jean-Guy. C’est cela qui est très beau. C’est cela qui m’a profondément touché et ému dans le récit de deux solitudes devenues fécondes.

Des liens qui gagnent en profondeur

Au tout début, Sara portait le nom de madame dans la bouche de Jean-Guy. Il est facile de deviner tout le respect et la dignité de relation que le mot « madame » traduit. Les liens d’appréciation se tissent, apportant un changement d’appellation, et « madame » devient « ma tante ». Des liens de famille, différents des liens de sang, se développent. Je ne saurais dire l’affection que Jean-Guy a reçu de ses tantes et oncles. Une chose est certaine : des lacunes et des carences affectives n’ont pas été coulées dans le béton pour la vie. Jean-Guy fait l’expérience d’une saine affection et il en est profondément transformé.

Ce n’est pas encore la fin du récit. Sara a franchi une autre étape dan son appellation. « Ma tante » est devenu « Mama ».Ce que l’amour peut produire dans un cœur humain blessé. La vérité et l’authenticité dans les relations humaines peuvent accomplir des prodiges. Et Jean-Guy ne tarit pas d’éloges pour les 15 années d’hébergement de cette dame. Elle est aujourd’hui décédée, et il garde d’elle un excellent souvenir et beaucoup d’appréciation. La solitude a été comblée à tout jamais par une présence pendant 15 ans. Cette présence perdure encore, riche de souvenirs,  12 ans après le décès. La véritable amitié, l’amour de charité, franchissent le seuil de la mort.

 

vol 122, no 1 • Mars 2017

 

 

l'homme désemparé

Oeuvre @ Iréna Stawinska


Nouvelle revue franciscaine
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